De plus en plus de gens quitte seul pour un séjour à l’étranger. Que se soit pour une escapade de 4 jours à Vancouver, une semaine de vacances à Rio, ou plus exotique, un pèlerinage bouddhiste au Népal de plusieurs semaines, la chose n’est plus considérée aussi extravagante qu’avant et n’est définitivement plus l’option de quelques cas isolé.
Peu de gens cependant choisiront de voyager seul par goût personnel. Cette option découlera le plus souvent d’un manque de choix. Mon conjoint ne veut pas voyager, je partirai donc sans lui. Je vis seul et aucun de mes amis n’est disponible ou n’a les moyens de s’offrir ce voyage auquel je songe. Cette destination ne plait à personne dans mon entourage aussi, irai-je seul.
En vérité, voyager en solitaire est une façon unique de découvrir le monde. Les rencontres se multiplient, les contacts avec les gens locaux et les autres voyageurs sont favorisés, vous êtes complètement libre de vos mouvements. Tous nos sens sont en éveils, le silence fait davantage partie de notre quotidien et chaque déplacement ou visite revêt un cachet particulier.

Maroc, Marakesh, 1986 Michel (24 ans)
La petite fille que j’ai prise hier, dans mes bras, s’appelait Thamera. Si petite, si jolie, elle avait à peine deux mois. Je l’ai pris longtemps dans mes bras, sa jeune mère tout près d’elle, la caressant, lui faisant boire un yogourt qu’elle avait acheté avec l’argent que je venais de lui donner. Je l’embrasse. Elle est mouillée, elle mouille mon gilet et mes mains mais ça n’a aucune importance. C’est ça, le contact. Sa jeune mère la remet sur son dos et nous marchons ensemble. Au début, lorsqu’elle s’est approchée de moi, elle était voilée, maintenant elle a baissé son voile. Je lui offre un jus d’orange, elle finit par accepter. C’est un peu parce que je voyage seul que je puis entrer ainsi aussi étroitement en contact avec les gens. À deux, c’est plus difficile. Prendre le temps, surtout prendre le temps. S’asseoir et observer la vie. Comme avec cette jeune mère. Nous avions peu à nous dire, mais le seul fait d’être ensemble était un moment privilégié.
Bien entendu, selon la destination, le type de voyage envisagé, sa durée, le genre de pays visité, l’expérience du voyageur ainsi que son sexe, voyager en solitaire revêt une signification bien différente pour chacun. Mieux vaut se connaître suffisamment avant d’entreprendre seul un voyage car il ne fait pas de doute qu’une fois sur le terrain, dépassement de soi et introspection seront au rendez-vous. J’encouragerais le voyageur solitaire à ne pas oublier son journal de bord, sa musique préférée et un bon roman. Ce sont des inconditionnels pour accompagner ce type de voyage.
Voyager seul implique évidemment une façon différente de se comporter. Vous ne pouvez compter que sur vous-même. Que l’on parle de vol, de problèmes de santé, de rencontre louche ou carrément d’agression, vous êtes seul(e), donc plus vulnérable. Plus que jamais vous devrez écouter et faire confiance à votre sixième sens, qui vous signalera immanquablement si un endroit n’est pas sécuritaire, si une personne est suspecte, ou votre décision téméraire. Comme voyageur solitaire, vous pourrez aussi, au gré des rencontres et selon votre humeur, vous greffer à un groupe de voyageurs pour quelques jours ou quelques semaines (c’est beaucoup plus facile que l’on pense). Ces expériences de voyage avec un groupe de voyageurs d’autres pays sont très agréables et elles permettent de se reposer, au niveau sécurité, organisationnel et monétaire (c’est moins cher en groupe et c’est reposant de laisser les autres prendre les décisions pendant quelques jours). Et qui sait si vous n’allez pas y rencontrer l’âme sœur ! Le voyageur solitaire s’ouvrira aussi beaucoup plus rapidement à la langue du pays puisqu’il ne peut pas compter sur un compagnon de voyage pour lui faire la conversation.